Sharyl Ann Milligan, du club de boulingrin de Cobourg, pratique ce sport depuis le début des années 1970. Elle a Elle a écrit cet article en juillet pour le blogue Boules biaisées afin de présenter son programme junior/jeunesse, qui compte l’une des plus longues feuilles de route au pays.

Nous sommes en juillet 2020, et aucun de nos membres des catégories junior et jeunesse ne s’est encore élancé sur les terrains du club de boulingrin de Cobourg (CBC).

La pandémie de COVID-19 qui touche toutes les régions du globe a mis un frein aux programmes d’initiation au boulingrin, qui permettent à beaucoup de jeunes d’améliorer leurs habiletés, de tisser des amitiés et d’avoir du plaisir en jouant au boulingrin.

J’œuvre au sein du programme junior/jeunesse du CBC depuis le début des années 2000, après avoir mené une carrière de 40 ans auprès des jeunes. À mon arrivée, j’ai constaté que ce merveilleux programme avait été offert dans notre club de la fin des années 1980 jusqu’au début des années 1990, mais qu’il avait ensuite été abandonné et que l’équipement avait été dispersé!

J’ai grandi au sein d’une famille qui appréciait le boulingrin. Mon père a pratiqué ce sport pendant de nombreuses années, et mon frère a suivi ses traces et est non seulement devenu un bouliste de grand talent aux niveaux provincial, national et international, mais aussi un instructeur, un entraîneur national et l’auteur des manuels d’entraînement technique canadiens.

Je croyais que l’ancien programme junior était rempli de potentiel, et j’ai donc pris l’initiative de lancer ce qui est aujourd’hui le club jeunesse du CBC. Je possédais une certification en entraînement de Niveau 2 du PNCE et des compétences à titre d’officielle technique nationale, j’avais agi comme officielle lors du Championnat du monde féminin de boulingrin et de deux éditions des Jeux du Commonwealth et je cumulais de nombreuses années d’expérience en tant qu’entraîneure auprès de jeunes sourds et malentendants dans différents sports, et je voulais apporter ma contribution au boulingrin, un sport qui m’avait procuré beaucoup de joie.

J’ai d’abord organisé des visites dans deux écoles publiques locales afin d’effectuer des démonstrations de boulingrin dans les gymnases. Ces activités avaient toujours lieu au début du printemps. Je traçais des « pistes » sur le plancher des gymnases, et j’avais emprunté quelques tapis au club et acheté des ensembles de boules chez MVP Sports en choisissant des modèles adaptés à la taille des mains des jeunes. Je me suis également rendue dans deux écoles secondaires de la région, et j’ai reçu un formidable soutien de la part des professeurs qui m’ont aidée à présenter des séances en milieu scolaire, puis sur un véritable terrain.

En proposant ces activités, nous espérions piquer la curiosité des jeunes afin qu’ils se rendent au club pour suivre des cours et prendre part à des matchs. L’initiative a eu du succès dès les premières années et, même si j’ai cessé de me rendre dans les écoles, les familles des anciens élèves ont continué de s’inscrire au programme.

Dans les années 2000, un excellent magazine était publié dans la région de Cobourg et de Northumberland. Il était gratuit, et les parents pouvaient le consulter et y trouver une liste complète des activités offertes aux jeunes de notre région. Nos publicités ont retenu l’attention et, au fil du temps, des enfants de Cobourg et des municipalités environnantes sont venus nous voir. Il arrive souvent que ce soit leurs grands-parents qui les amènent au club.

Avant le début des cours, des boules de dimension appropriée sont remises à chaque élève. Il s’agit souvent de modèles Junior Ace ou de boules de calibre 2. L’expérience nous a démontré que ces catégories conviennent à la plupart de nos besoins. Plus récemment, nous avons introduit les boules de calibre 000 et 0000 au club jeunesse du CBC (triplettes et quadrettes), ce qui facilite encore davantage la transition entre les Junior Ace et les boules « ordinaires ».

Les cours d’été comprennent deux séances de 90 minutes chacune par semaine sur le terrain. Les élèves apprennent alors :

• comment installer la toile et le tapis sur le terrain;

• comment tenir et lancer le cochonnet, en s’assurant qu’il franchisse la ligne de jeu sans tomber dans le fossé;

• comment se positionner sur le tapis, puis exécuter la séquence de lancer.

Exemples d’habiletés qui sont enseignées :

• lancers d’approche de différentes longueurs (nous avons utilisé de petits poteaux et des rondelles de hockey afin d’indiquer la distance de lancer);

• carreaux – en visant une boule qui se trouve à une distance donnée.

Les habiletés abordées varient selon les élèves présents, car certains sont plus avancés que d’autres. À la fin du programme, chaque élève reçoit un certificat décrivant les progrès accomplis, p. ex. : lancer le cochonnet; lancer d’approche; lancer un « carreau »; lancer une « toucheuse »; suivre le cochonnet; compréhension du boulingrin; etc.

À chaque cours, les élèves du CBC apprennent l’étiquette du boulingrin, les règles de base du sport et la façon d’utiliser l’équipement de mesure.

Nous avons la santé des jeunes à cœur et nous veillons à ce qu’ils portent de l’écran solaire et un chapeau et à ce qu’ils apportent des bouteilles d’eau. Nous installons toujours des bidons d’eau afin qu’ils puissent remplir leurs bouteilles. Une pause-rafraîchissement est prévue au milieu de chaque séance, et les élèves sont très heureux de pouvoir manger une collation.

À la fin du cours, les jeunes apprennent à rouler les grands tapis et à ranger l’équipement. Chaque groupe range la piste qui lui est assignée (tapis, pousseurs, rangement des cochonnets et des boules dans les sacs appropriés, et ramassage des déchets, s’il y a lieu).

Le club jeunesse du CBC tient deux tournois ouverts à tous les ans : un au début du printemps afin d’aider les jeunes à se préparer en vue du tournoi provincial jeunesse en simple présenté au milieu de la saison, et un deuxième à la fin du mois d’août, selon le format 4/3/2/1. Des boulistes de toutes les catégories de développement jeunesse pouvaient participer. Je tiens à adresser des remerciements sincères à deux hommes d’affaires de la région pour leur soutien : Adam Bureau, qui a commandité le premier tournoi jeunesse de la saison, et mon frère Dan et sa femme de MVP Sports, distributeur des boules Taylor au Canada et commanditaire du tournoi jeunesse 4/3/2/1 du CBC.

Au fil des ans, les élèves du club qui ont des habiletés plus avancées ont participé à plusieurs tournois jeunesse dans la province. Ils ont également pris part au Championnat provincial en simple, qui peut mener à une participation au Championnat national jeunesse en simple dans différentes villes au pays.

Nous avons voyagé d’un océan à l’autre en compagnie de nos jeunes boulistes, qui ont notamment participé à des compétitions nationales en simple et à un tournoi ouvert de doublettes mixtes. Ils ont pu voir du pays tout en pratiquant notre merveilleux sport en Colombie-Britannique, en Saskatchewan, au Manitoba, en Nouvelle-Écosse et en Ontario.

Je suis très fière de mes jeunes boulistes et de leurs réalisations, et je suis heureuse de dire que Baylee vanSteijn, une de mes athlètes, fait maintenant partie de l’équipe nationale de développement, avec laquelle elle a déjà pris part à des compétitions au Pays de Galles et en Californie. Quel parcours pour une athlète si jeune!

J’inclus également une entrevue que j’ai récemment réalisée avec mon frère Dan, qui explique comment il a découvert le boulingrin à l’adolescence pour ensuite accomplir des prouesses sur le terrain pendant 52 ans.

Comme vous le savez déjà, MVP Sports, distributeur de la marque Taylor Bowls of Scotland au Canada, et ses propriétaires-exploitants Dan et Brenda Milligan sont les fiers commanditaires du Championnat national jeunesse depuis plus de 20 ans.

« À l’âge de 14 ans, je pratiquais de nombreux sports, mais celui qui m’intriguait le plus était le boulingrin. C’était comme jouer aux échecs sur le gazon! Les autres sports demandaient de la vitesse, de la puissance et de grandes qualités athlétiques. Le boulingrin est différent! Je ne veux pas dire que le boulingrin n’est pas un sport, car c’en est un! Il s’agit toutefois d’un sport qui est accessible aux personnes de tout âge et qui peut mener aux plus hauts niveaux de compétition selon les efforts que l’on déploie. Il nécessite une combinaison d’habileté, de stratégie et de bonne forme physique.

Lorsque j’étais jeune, beaucoup de mes amis n’avaient pas les aptitudes requises pour être de bons joueurs de hockey, de brillants joueurs de soccer ou des quarts-arrière étoiles, mais ils aimaient faire du sport. Imaginez s’ils avaient découvert le boulingrin à ce moment-là! Je joue au boulingrin depuis 52 ans et, même si j’ai pratiqué d’autres sports avec quelque succès, c’est le boulingrin qui m’a procuré le plus de plaisir. Je suis sûr que mes amis de l’époque auraient vécu la même expérience si on leur en avait donné la possibilité.

La possibilité, c’est la clé! J’ai souvent entendu les membres d’autres clubs s’exclamer, lorsqu’on leur posait des questions à propos de leur programme jeunesse : « Oh, nous avons essayé une fois, mais aucun d’entre eux ne s’est joint au club. Nous ne le faisons plus maintenant! » Wow! Je ne peux tout simplement pas m’imaginer ce qui se serait passé si je n’avais pas pu me joindre au club de boulingrin Agincourt et jouer avec des boulistes comme Milne Freeman, Beecher Poyser, Al Klink et Mickie McFadden, pour n’en nommer que quelques-uns.

Milne avait l’habitude d’appeler mon patron Len le mercredi midi (mon premier emploi était dans un magasin de peinture) pour lui demander si le jeune aux cheveux longs et aux pantalons voyants pouvait arriver au club à temps pour participer à un tournoi en après-midi. J’étais tout à fait disposé à traverser le haut de Toronto à vélo et à pédaler pendant 45 minutes. À mon arrivée, les autres joueurs avaient préparé un ensemble de boules pour moi et m’attendaient pour jouer. Je faisais mon entrée à la dernière minute, j’étais habituellement hors d’haleine, et je dois admettre qu’ils auraient pu trouver un meilleur joueur, mais ils avaient compris! Ils avaient compris que j’étais un candidat prometteur, et ils ont fait tout ce qu’ils ont pu pour nourrir mon enthousiasme. Je jouais au boulingrin depuis moins d’un an quand ils m’ont amené au PLBT, le plus important tournoi masculin en Amérique du Nord. Ils ont amené ce jeune aux cheveux longs jouer avec eux dans certains des clubs les plus prestigieux de Toronto, comme le Granite et le Boulevard. Et je suis devenu un mordu.

Oui, un mordu. Mais comment pouvons-nous allumer la flamme chez les jeunes aujourd’hui alors que les jeux en ligne prennent toute la place? J’y arrive, mais je veux d’abord vous raconter une petite histoire.

Durant les années 1980 et 1990, j’étais président du comité national des entraîneurs. J’évoluais aussi au sein de l’équipe nationale en tant que joueur et entraîneur. Notre comité des entraîneurs a été chargé de rédiger les manuels techniques de boulingrin pour les niveaux 1 à 3. Nous avons abattu beaucoup de travail et nous étions fiers de ce que nous avions accompli.

Au beau milieu de cette période, 3M, qui commanditait les programmes d’entraînement nationaux (tous sports confondus), nous a demandé de soumettre la candidature d’un entraîneur de boulingrin canadien pour le prix Entraîneur de l’année. Cet entraîneur devait incarner des valeurs comme le dévouement, le savoir et l’enthousiasme, et par-dessus tout, afficher un comportement conforme au code de conduite.

À l’époque, je communiquais assez souvent avec Jack Robertson, un bouliste assez âgé de la région de Hamilton. Lors d’une clinique d’entraînement que j’avais organisée, il m’a posé des questions sur le boulingrin jeunesse parce qu’il croyait que certains jeunes de son club avaient du potentiel. Je lui ai donné un livre intitulé Every Kid Can Win!, qui expliquait que ce qui comptait n’était pas le nombre de victoires, mais bien l’accès à des possibilités et à des encouragements.

Comme Jack me l’a répété à plusieurs reprises : « Tu sais, Dan, les enfants veulent deux choses : s’amuser et manger! » Quel précieux conseil! Et c’est si vrai. Lorsque vous organisez un programme jeunesse, n’oubliez pas que le plaisir et la nourriture vous vaudront beaucoup d’adeptes. Laissez les enfants s’amuser. Laissez-les inventer différentes façons de jouer au boulingrin afin qu’ils ne s’enlisent pas dans les complexités des matchs « réglementaires » auxquelles nous leur demandons souvent de se plier. Laissez-les choisir le menu de la journée! Laissez-les choisir comment ils passent leur temps lorsqu’ils jouent au boulingrin!

Donc, lorsque nous avons été invités à proposer un entraîneur pour ce prix, nous avons choisi Jack Robertson, un octogénaire toujours prêt à conduire ses deux protégés sur les routes de la province afin qu’ils puissent participer à des tournois.

Jack utilisait souvent une canne. Il portait un collet cervical. Il aimait le boulingrin et il aimait entraîner. Cette année-là, Jack a remporté le prix Entraîneur de l’année 3M et, fidèle à sa réputation, il a dit ceci : « Je ne mérite pas ce prix. Vous avez fait beaucoup plus que moi. » Ce n’est pas mon avis. Jack était un vrai entraîneur. Vous vous demandez qui étaient ses deux protégés? John Devonshire et Dave Anderson, qui ont poursuivi leur parcours et représenté le Canada lors de plusieurs compétitions.

Imaginez ce qui aurait pu se produire si Jack n’avait pas découvert la clé de la réussite pour le boulingrin jeunesse : le plaisir et la nourriture! 

*Ce fut un honneur pour moi de réaliser cette entrevue avec mon frère Dan, qui a pu raconter son « histoire » en effectuant un survol de ses 52 années de carrière dans le boulingrin. En mars dernier, Dan a été intronisé au Temple de la renommée des sports de Cobourg.

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