Dans cet article de blogue, Lianne Franklin relate l’expérience qu’elle vit depuis deux ans dans le domaine du paraboulingrin au Canada ainsi que la toute première compétition internationale à laquelle nos paraboulistes canadiens ont pris part. Lianne était de la partie en tant que partenaire de performance et directrice de Louise McLean, une bouliste ayant une déficience visuelle.
Lorsque je réfléchis au voyage que j’ai effectué en Afrique du Sud avec la toute première équipe de paraboulingrin mise sur pied par Bowls Canada Boulingrin, quelques thèmes me viennent à l’esprit : la gratitude et la gentillesse, l’amitié, et des souvenirs inoubliables à propos du boulingrin. Je voulais partager mon expérience avec la grande collectivité canadienne du boulingrin, et peut-être inspirer d’autres personnes à œuvrer auprès d’athlètes ayant un handicap et à partir à la conquête du vaste monde.

Mon aventure a commencé il y a environ deux ans et demi lorsque j’ai reçu un appel de Louise McLean, qui m’a demandé si je voulais être sa directrice et entraîneure lors du premier Championnat national de paraboulingrin présenté à Windsor, en Ontario. Je lui ai immédiatement répondu : « Oui, bien sûr! » Nous nous étions affrontées plusieurs fois, y compris au sein de la ligue en simple du club Heritage Greens, et je l’aidais en lui fournissant des estimations à propos de la longueur et de l’amplitude des coups et en lui donnant des conseils sur la main à utiliser pour le prochain lancer. Elle a toujours apprécié mon aide, et ses aptitudes en tant que bouliste aveugle m’impressionnaient. Étant donné que j’étais une novice dans ce sport, je me souviens d’être rentrée à la maison et d’avoir dit à mon mari que j’avais été battue par une bouliste aveugle!
Le Championnat national de paraboulingrin de Windsor comptait seulement trois boulistes aveugles – un dans la classe B1, un autre dans la classe B3, et Louise, dans la classe B4 – et quatre boulistes ayant un handicap physique. Même s’il n’y avait que sept concurrents, l’événement a été fantastique, les verts étaient magnifiques, et Louise a très bien joué. Nous avons reçu un excellent accueil et nous nous sommes fait beaucoup d’amis.
L’été dernier, le Championnat national de paraboulingrin s’est tenu à Calgary, et une fois de plus, nous avons été enchantées par les verts exceptionnels du club Stanley Park, l’accueil chaleureux et le dynamisme de la compétition. À Calgary, les concurrents étaient plus nombreux, et un autre bouliste aveugle évoluait dans la classe B2 tout comme Louise. Quel plaisir de constater la croissance que le sport avait connue en un an seulement!
Louise s’est soumise au processus d’évaluation (classification) lors du Championnat national de paraboulingrin de Calgary car elle avait présenté sa candidature pour le Championnat du monde de 2024 d’IBD (International Bowls for the Disabled), qui avait lieu en Afrique du Sud. Environ un mois plus tard, nous avons reçu une excellente nouvelle : Louise allait participer au Championnat, aux côtés d’Andy Caldwell et de Jack Smart! L’automne et l’hiver ont été très chargés. Avec Louise, nous nous sommes préparées sur les terrains de boulingrin intérieurs de Tilsonburg (Ontario) et Preston (Ontario), et nous nous sommes aussi rendues à Toronto pour nous exercer sur le nouveau tapis extérieur du club James Gardens. Nous avons également pu nous entraîner une ou deux fois au club Heritage Greens grâce au printemps hâtif!!
Le boulingrin à son meilleur

En mai 2024, nous avons mis le cap sur Johannesburg, en Afrique du Sud. Nous avons immédiatement noué des liens avec les autres membres de l’équipe canadienne de paraboulingrin. Jack, avec son sourire éclatant, ses plaisanteries et son humour. Andy, affable et heureux de faire connaissance avec tout le monde. Louise, la gentillesse incarnée. Et bien sûr, notre entraîneure Pat Vos, qui était chargée de l’organisation, qui a veillé sur nous et qui a assisté aux bilans que nous dressions chaque soir. Lors de ces séances, nous avons parlé avec joie de nos bons coups et de nos remarquables victoires après avoir tiré de l’arrière, et nous avons fait preuve de commisération pour les matchs perdus de justesse et nos défis communs.
Nos boulistes ont prouvé qu’ils étaient dignes de participer à une compétition internationale, et je suis fière de chacun d’entre eux.
Tout le monde a soutenu Louise, qui avait de la difficulté à distinguer le « fil invisible ». Il s’agissait d’un cordage blanc en nylon très mince et, selon l’angle du soleil, il prenait parfois une teinte grise. Nous avons eu de la difficulté, mais nous nous sommes adaptées! Louise était frustrée parce qu’elle a perdu plusieurs boules au-delà des limites, mais le poids de ses lancers était excellent. En général, elle réussissait à placer une ou deux bonnes boules, mais le résultat était loin de ce qu’elle avait accompli à Windsor et à Calgary. Nous nous sommes battues bec et ongles pour chaque point mais, comme vous le constaterez bientôt, chaque point peut faire une différence…
Pendant un match, Louise tirait de l’arrière 20-12. Michelle réussissait de bons coups avec les cochonnets les plus éloignés mais, comme elle en a envoyé un dans le fossé, nous avons pu le jouer. J’ai dit à Louise que nous allions avancer le tapis et jouer près du fossé. Nous nous étions exercées à utiliser cette stratégie. Nous avons donc placé le tapis à 27 et Louise a roulé un cochonnet parfait de 25 m. Michelle s’est retrouvée avec trois ou quatre boules, et Louise a exécuté un coup « déplacer et immobiliser » à la perfection, repoussant la boule la plus près du cochonnet pour marquer un point. Nous avions maintenant le cochonnet, et nous avons de nouveau placé le tapis à 26. Encore une fois, Louise a roulé un cochonnet parfait de 26 m. Elle avait maintenant trois boules en position (mais pas assez près), et Michelle avait envoyé deux boules dans le fossé. Toutefois, Michelle a réussi à positionner ses deux boules suivantes et Louise n’a pas pu contre-attaquer, et nous avons donc perdu le match. Ce dernier point a toutefois fait une énorme différence.
Le dernier match était contre Moon de la Malaisie, qui avait déjà cinq victoires à son actif et qui allait plus tard remporter la médaille d’or. Lors de la dernière mène, Moon avait trois boules directement sur le cochonnet et il lui restait une boule à lancer. J’ai dit à Louise : « Notre seul espoir, c’est de tuer la mène. » Nous ne nous étions jamais entraînées à le faire. Je lui ai montré la ligne, et je lui ai dit de mettre beaucoup de poids dans son lancer. Elle a légèrement dévié. Moon a lancé sa dernière boule et elle ne bloquait pas notre trajectoire. Louise avait encore un coup pour tuer la mène. Sa ligne était parfaite, mais elle a un peu manqué de poids et la boule a glissé à l’intérieur et nous avons raté notre chance. J’ai félicité Louise d’être passée si près de réussir ce coup.
Moon et Michelle ont remporté l’or et l’argent. Et Louise et Marj ne comptaient qu’une victoire. Il a fallu calculer les points « pour et contre », et Louise est arrivée en troisième place par un point dans la catégorie « pour », ce qui prouve que de bonnes choses peuvent survenir lorsque l’on n’abandonne pas! Contrairement à ce qui était prévu dans les Conditions de jeu, les annonceurs ont indiqué que seules les médailles d’or et d’argent allaient être décernées dans notre catégorie, qui ne comptait que quatre boulistes.

Toutefois, tandis que nous étions assises à côté de notre drapeau et que nous écoutions la remise des médailles, les gagnantes de l’épreuve en simple féminine de classe B2 ont été annoncées, et nous avons entendu le nom de Louise pour la médaille de bronze! Nous étions estomaquées, parce que nous pensions qu’il n’y avait qu’une médaille d’or et une médaille d’argent pour les quatre concurrentes. Toute notre équipe était si heureuse que nous ayons remporté une médaille pour le Canada!! Les célébrations qui ont suivi ont été fantastiques : John, le responsable de l’entretien des verts du club d’entraînement de Benoni Lakes, est venu nous rejoindre en courant. Carel, notre chauffeur préféré, a également couru vers nous. Nous débordions de fierté et de gratitude. Je suis restée au « septième ciel » jusqu’à Amsterdam, puis la fatigue m’a rattrapée et je suis devenue un peu grincheuse. Désolée, Louise!
Amitié
Je savais que Louise ne voyageait pas léger, mais cette fois, nous n’avons pas été en mesure de répartir le poids entre les bagages et elle a dû payer 175 $ parce que son sac dépassait les dimensions permises! Ce que j’ignorais, c’est que comme d’habitude, elle avait apporté sa bouilloire (je me rappellerai désormais qu’il ne faut pas brancher une bouilloire canadienne dans une prise africaine car la situation peut dégénérer…), sa tasse et ses sachets de café Starbucks, mais aussi des cadeaux et de la nourriture pour les travailleurs de l’hôtel! Elle a fait connaissance avec les gouvernantes et le personnel de la salle à manger et leur a donné des cadeaux, des actes de gentillesse qui ont dessiné un sourire sur leur visage. Elle voulait également que je lui présente Francis, notre chauffeur d’autobus, que nous avons salué chaque jour et à qui elle a bien entendu remis un généreux pourboire et un sac rempli de surprises à la fin de notre voyage. Nous avons rencontré des gens charmants à l’hôtel, dansé de joie lorsqu’il y avait de l’eau chaude et éprouvé beaucoup de gratitude pour les bons repas et l’hospitalité qui nous ont été offerts.
J’ai rencontré des boulistes inoubliables, et leurs histoires sont durablement inscrites dans ma mémoire. Par exemple, j’ai croisé Joseph, de Singapour, qui nous a raconté que ses parents l’avaient rejeté à la naissance et qu’il était plus tard atterri dans la rue, dépendant de l’alcool et des drogues. Il a éventuellement retrouvé ses parents mais, même s’il était maintenant sobre, ceux-ci n’ont pas voulu rétablir les liens. Aujourd’hui, il a une épouse et des enfants, et il participe au Championnat du monde de boulingrin !! (Et il n’éprouve aucune rancœur, ce qui fait que le nom de Joseph lui va si bien.)

À propos de l’amitié, nous avons vécu de très beaux moments lorsque nous avons été jumelées avec un gentleman sud-africain lors de l’épreuve de doublettes mixtes. Grant et Peter, son directeur, étaient heureux de nous rencontrer et nous avons eu un entraînement agréable sur les verts d’exercice avant le début de la compétition. Louise est revenue en s’extasiant, disant qu’elle était « heureuse comme un paon ». Il était très facile de s’entendre avec les gars, et ils ont beaucoup soutenu Louise lorsqu’elle avait de la difficulté à voir le « fil invisible ». Grant n’avait jamais agi comme capitaine auparavant, mais il n’a pas hésité à assumer ce rôle. Ils nous ont complimenté à propos de notre beau chandail d’Équipe Canada et nous ont dit que nous avions fière allure en tant qu’équipe!
Lors de la première journée de compétition, les Sud-Africains nous ont invitées dans leur cercle matinal d’échauffement et d’étirement. Ils étaient entourés d’une énorme équipe, et nous avons fait connaissance avec de nombreux membres de cet entourage. Gail, une autre directrice, nous accueillait toujours en nous disant : « Bonjour mes chéries (ou mes trésors ou mes chères). Avez-vous bien dormi? » Nous avons réquisitionné une table « Équipe Canada » dans la salle à manger, et des visiteurs s’y arrêtaient régulièrement pour discuter ou partager notre repas. Braam, un autre directeur de l’Afrique du Sud, m’a donné beaucoup de câlins.
Et que dire de nos coéquipiers! Avant de partir, nous avons été invitées à participer à une réunion Zoom avec tous les membres de l’équipe nationale, qui sont des gens merveilleux! Lorsque je publiais un message sur Facebook, les membres de l’équipe senior laissaient régulièrement des commentaires, et nous avons reçu des cartes postales de Bowls Canada Boulingrin de la part de boulistes et de membres de l’équipe qui se trouvaient au Canada et en Australie. Merci à vous tous et toutes pour votre amitié et vos messages!!
Louise a célébré son anniversaire en Afrique du Sud, et on nous a gracieusement offert un magnifique souper au restaurant (nous n’avons pris que trois ou quatre repas à l’extérieur de l’hôtel)! Nous avons aussi reçu des messages vidéo du conseil d’administration de Bowls Canada Boulingrin. Tandis que nous roulions en autobus entre les verts et notre hôtel, Braam, notre ami sud-africain, a entamé la chanson « Joyeux anniversaire! » de concert avec les autres boulistes et leurs partenaires de performance.


Lors de la cérémonie de clôture, Andy a fait don d’un chandail d’Équipe Canada signé par nous tous au président du club Delville, qui était absolument ravi. Ne vous avais-je pas dit que nos chandails étaient les plus beaux parmi les dix pays représentés au Championnat? Ils vont l’encadrer sous une plaque de verre! Je savais que je porterais fièrement la feuille d’érable dans mon dos, mais j’adore mon chandail et je l’enfilerai régulièrement lorsque je serai à mon club (tout comme Chris Stadnyk)!
Notre équipe était habituellement la dernière à quitter la salle à manger. Nous avons eu du plaisir à disputer des parties de cribbage sur la terrasse, et nos « jeux de dés » fort animés ont attiré l’attention des autres équipes. Nous avons tenu des réunions d’équipe afin d’élaborer des plans pour rester en santé, parce que la grippe porcine et l’influenza de type A étaient très présentes dans l’hôtel. Les quintes de toux qui résonnaient lors de nos trajets quotidiens en autobus étaient une grande source d’inquiétude. Nous avons donc décidé de ne pas assister à la finale le dernier jour, et nous avons fait la grasse matinée, préparé nos bagages, réussi à arriver à l’heure à la cérémonie de clôture et rapidement pris une douche avant d’entreprendre le long voyage de retour vers la maison.
Gratitude
J’ai reçu de belles leçons de gentillesse et de gratitude en vivant cette aventure avec Louise. Il y a une anecdote que je dois partager. Un après-midi, j’ai mentionné à ma chère Lindy, qui travaillait à la réception, qu’il aurait été agréable d’avoir un réfrigérateur dans notre chambre mais, que comme l’hôtel affichait complet, nous aurions dû faire cette demande à l’avance. Nous sommes ensuite allées sur la terrasse, et nous sommes retournées dans notre chambre 15 minutes plus tard. J’ai flâné un peu, j’ai ouvert les rideaux et, lorsque je me suis retournée, j’ai poussé un cri! Louise croyait que j’avais aperçu un serpent ou une autre bestiole, mais c’était un réfrigérateur et un four à micro-ondes. J’ai couru jusqu’à la réception et je me suis confondue en remerciements. Je ne sais pas où ils ont trouvé ces appareils, ni comment ils ont pu les apporter dans notre chambre si rapidement! L’avant-dernière journée, j’ai vu Lindy et je lui ai dit que nous allions dans les magasins. Elle a mentionné qu’elle aimait le chocolat au lait. Je suis retournée dans ma chambre pour lui apporter des amandes recouvertes de chocolat noir de marque Choix du président. Elle les a détestées! C’était hilarant de voir l’expression sur son visage tandis qu’elle en mastiquait une et l’avalait à regret. Lorsque nous sommes sorties, nous lui avons rapporté des truffes Lindt au chocolat au lait. Il me semblait que la petite épinglette en forme de drapeau canadien que j’ai offerte à plusieurs employés de l’hôtel était un cadeau bien modeste, mais leur visage s’est illuminé! Je suis très fière d’être Canadienne. Nous traitons tout le monde avec gentillesse et respect lorsque tant d’autres personnes ne font que se plaindre.

Avant notre premier match, Pat Vos (l’entraîneure de l’équipe de paraboulingrin) a annoncé que l’équipe allait se réunir pour une cérémonie de remise de « casquette et chandail ». Chris Stadnyk a confirmé que « la cérémonie de la remise de la casquette est bien réelle ». Je suis tellement heureuse d’avoir reçu toutes ces présentations vidéo, et j’ai publié les allocutions sur Facebook si vous êtes intéressés à les voir. Mes coéquipiers sont vraiment des personnes exceptionnelles!
Lors de notre premier match contre Michelle et Jennie, d’Afrique du Sud, Jennie m’a dit : « Vous devez être une bouliste. » Je lui ai répondu oui et je lui ai demandé pourquoi elle croyait cela. Elle m’a répondu que j’étais familière avec le peloton et que de nombreux directeurs n’étaient pas des boulistes. Elle a indiqué qu’il était difficile de trouver de bons directeurs. Pendant la cérémonie de clôture, j’ai aperçu Jennie et lui ai dit : « Wow, vous portez des lunettes de soleil aujourd’hui! » Je ne l’avais jamais vue avec cet accessoire auparavant, mais elle m’a dit que c’était pour cacher ses larmes. Les boulistes sont si remarquables, et cet événement la remplit toujours d’émotion…
De retour à l’hôtel après la cérémonie de clôture, Pat a demandé à tout le monde de mentionner quel avait été le point saillant du voyage pour chacun d’entre nous. Andy a répondu : « Louise et Lianne qui reçoivent la médaille de bronze ». Quel homme, et quel ami! Mes points saillants à moi, ce sont les coups brillants de Louise – les deux cochonnets parfaits dans le fossé avec la toucheuse par-dessus, à DEUX reprises en une seule journée (un exploit que je n’ai jamais accompli, je crois) – et aussi le « six » parfait des gars.
Je me rappellerai aussi du cadeau très sympathique que Pat m’a remis. Ce fut le point culminant de ma journée et la consécration de mon voyage! Être reconnue par Pat et recevoir ce cadeau… Je n’oublierai jamais ce moment.
Au plaisir de vous voir sur les verts avec ma nouvelle pièce « pile ou face » avec une tête une queue de guépard!!